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La gratitude, une force douce qui éclaire

  • Photo du rédacteur: Sarah Julliot de La Morandière
    Sarah Julliot de La Morandière
  • 13 août 2025
  • 3 min de lecture

Il y a des gestes intérieurs qui, sans bruit, métamorphosent notre manière d’habiter le monde. Des élans discrets qui, goutte après goutte, changent la couleur de nos journées. Pour moi, la gratitude est de ces forces silencieuses. Elle n’est pas un simple mot lancé par politesse, mais une posture, un ancrage, presque une prière. Elle est un art de vivre qui apprend à voir la lumière là où d’autres ne verraient qu’une ombre, à reconnaître l’extraordinaire sous les traits les plus modestes.

J’ai découvert sa puissance à une époque où mon ciel intérieur se chargeait de nuages. Le doute, comme une pluie fine, s’infiltrait partout. La lassitude rendait les jours interchangeables. J’avançais, mais sans élan, comme si chaque pas m’éloignait un peu plus de moi-même.

Un soir, j’ai ouvert un cahier et j’ai décidé d’y écrire, chaque jour, trois petites choses pour lesquelles je me sentais reconnaissante. Trois soleils minuscules pour éclairer la nuit.

Les premiers jours, je cherchais le spectaculaire : un événement marquant, une bonne nouvelle éclatante, un moment rare. Mais la vie n’offre pas toujours des feux d’artifice. Alors j’ai appris à poser mes yeux ailleurs, à écouter autrement. Et c’est là que j’ai compris : la magie de la gratitude ne se cache pas dans l’exceptionnel, mais dans la simplicité. Un sourire échangé dans la rue. L’odeur du café au matin. La caresse du vent sur la peau. Le goût éclatant d’un fruit. Une parole douce. Le silence apaisant qui descend avec le soir.

À force de chercher ces éclats, j’ai découvert qu’ils étaient partout. Mon regard s’est affûté, comme si j’avais appris une nouvelle langue, celle des merveilles invisibles. Le monde n’avait pas changé — c’est moi qui l’observais autrement. Et dans ce regard neuf, je me suis ancrée. J’ai appris à savourer l’instant, à ne plus courir vers demain, à me tenir présente au miracle ordinaire du jour qui se lève.

Plus je remerciais, plus les ombres intérieures reculaient. Comme si, en donnant de la place à ce qui va bien, je désamorçais peu à peu la mécanique des pensées sombres. Le stress perdait de sa morsure, l’anxiété se dissolvait dans la lumière douce de mes listes du soir. Dans les tempêtes, je savais désormais où poser mon ancre : sur ces petits cailloux brillants semés au fil des jours.

Et la gratitude ne s’est pas arrêtée là. Elle a transformé ma relation avec moi-même. En reconnaissant mes efforts, mes pas timides, mes victoires minuscules, j’ai appris à me regarder avec tendresse. À remplacer la sévérité par l’acceptation, la comparaison par la bienveillance.

Elle a aussi changé ma manière d’aimer. Dire merci à l’autre, non pas par politesse, mais pour reconnaître profondément ce qu’il apporte, c’est ouvrir un espace où la chaleur circule. J’ai découvert que la gratitude est contagieuse : elle se dépose dans le cœur de celui qui la reçoit, et de là, rayonne encore plus loin. Elle a désamorcé des tensions, éclairé des journées, tissé des liens plus solides dans ma famille, mes amitiés, mes collaborations.

Dans mon cheminement intérieur, la gratitude a été une clé ouvrant bien des portes. Elle m’a appris à relire mon histoire en y cherchant les trésors cachés derrière les épreuves. À célébrer les pas accomplis, si petits soient-ils. À accueillir mes fragilités comme on accueille un enfant qui apprend à marcher.

Et sur le plan spirituel, elle a ouvert un horizon plus vaste. Elle m’a reliée à cette impression profonde que tout est lié, que la vie me porte même lorsque je ne sais pas où je vais. Elle m’a appris à faire confiance à ce qui est, à remercier non seulement pour ce que je comprends, mais aussi pour ce qui m’échappe.

Aujourd’hui, la gratitude est un fil rouge qui traverse ma vie entière. Je la cultive dans de petits rituels : écrire chaque soir dans mon carnet, dire merci à voix haute, célébrer les victoires discrètes, exprimer ma reconnaissance à ceux qui croisent mon chemin. Et même dans les jours où tout semble vaciller, je cherche le cadeau secret, la leçon discrète, la main invisible qui me soutient.

La gratitude, je l’ai compris, ne se limite pas à l’intime : elle est une force qui unit. Elle peut rassembler des familles, fortifier des équipes, apaiser des communautés. Elle nous rappelle que nous ne sommes jamais seuls, que chacun a quelque chose à offrir et à recevoir.

Remercier, c’est choisir la lumière. Ce n’est pas nier l’ombre, mais décider de voir au-delà. C’est tendre la main à la beauté, même au milieu du chaos. C’est dire à la vie : « Je te vois, et je t’accueille. »

Et si, chaque jour, nous offrions ce geste simple — remercier, ne serait-ce que pour une chose — peut-être verrions-nous notre monde, et celui de ceux qui nous entourent, se transformer pas à pas, comme l’aube dissipe la nuit.

 
 
 

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