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« Laisser tomber l’échelle »

  • Photo du rédacteur: Sarah Julliot de La Morandière
    Sarah Julliot de La Morandière
  • 20 août 2025
  • 2 min de lecture

Il y a des mots qu’on croit oubliés, mais qui nous tiennent en laisse.

"Fais un effort", "Tu peux mieux faire", "Ce n’est pas encore suffisant."


On les a entendus dans des cahiers d’école, entre deux silences bienveillants ou distraits. On les a devinés dans les regards, plus que dans les phrases. On les a portés comme on porte une veste trop étroite, mais qu’on n’ose pas retirer.


Ces mots ont tissé en nous une habitude discrète : celle de nous demander toujours un peu plus. Mieux faire. Aller plus vite. Ne pas décevoir. Rester digne, même fatigué.

Et peu à peu, on s’est mis à grimper une échelle invisible — celle de la performance, de la valeur mesurée en résultats, en preuves, en efforts visibles. Chaque jour, un barreau de plus. Chaque geste, une tentative pour être à la hauteur, même si l’on ne sait plus très bien de quoi, ni de qui.


Et puis un matin d’août, quelque chose ralentit. Le bruit du monde baisse d’un ton. Les mails cessent. Les réveils dorment. Les visages se détendent.


C’est l’été. La grande parenthèse.

Ce moment rare où l’on peut, peut-être, cesser de grimper.


Dans la douceur d’un jour sans rendez-vous, on découvre une chose simple : rien ne presse. On n’a rien à prouver à personne. Le ciel reste le même, que l’on fasse ou non la vaisselle. Les arbres ne demandent aucun compte, et le vent ne vérifie pas notre productivité.


Il est là, le cadeau caché des vacances : le droit de ne rien faire pour être aimé.

Alors on commence à marcher plus lentement. À s’asseoir sans but. À relire un livre qu’on n’a jamais fini. À boire son café sans téléphone. On retrouve son visage dans le miroir, sans attentes. On recommence à écouter ce qui palpite en nous — pas ce qui performe, mais ce qui vit.


Et dans ce silence retrouvé, une autre voix apparaît. Une voix douce, longtemps couverte par le vacarme intérieur. Elle dit : Tu peux te reposer. Tu n’as pas besoin d’être parfait. Tu peux t’aimer, comme ça, simplement. Cette voix-là ne nous pousse pas. Elle nous accueille.


Alors, à force de ne rien forcer, on s’ouvre. On s’apprend doucement. On découvre que la bienveillance envers soi n’est pas un luxe, mais une nécessité. Qu’on ne peut pas aimer vraiment les autres si l’on passe son temps à se juger soi-même.


Il y a une phrase qui traverse les siècles, trop souvent récitée sans qu’on l’habite :"Tu aimeras ton prochain comme toi-même." Mais comment aimer l’autre, si l’on ne s’aime pas ? Comment donner sans cesse, quand on ne sait pas se donner la paix à soi ? L’été est peut-être ce rappel. Ce petit sablier retourné. Ce temps hors du temps qui murmure :Apprends à t’aimer, non pas pour t’admirer, mais pour pouvoir aimer vraiment.


Ce texte n’a pas d’objectif. Il veut juste te dire que tu peux poser l’échelle. T’asseoir dans l’herbe. Fermer les yeux. Et sentir que tu existes, même sans prouesse. Même sans plus.

Car c’est dans ces moments-là que la vie s’infiltre, discrète et entière. Pas dans ce qu’on accomplit. Mais dans ce qu’on accueille.

 
 
 

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