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Le verbe qui soigne

  • Photo du rédacteur: Sarah Julliot de La Morandière
    Sarah Julliot de La Morandière
  • 27 janv.
  • 5 min de lecture

Il suffit parfois d’un mot pour que tout change. Un mot chuchoté, presque rien. Mais ce presque rien fait respirer le monde autrement.


Les mots sont des êtres vivants. Ils naissent d’un souffle, grandissent dans le cœur, se déposent sur les lèvres comme un oiseau sur une branche. Puis ils s’envolent, vont se poser quelque part — dans la peau d’un autre, dans la mémoire d’un enfant, dans l’air du matin.


Nos mots sont des graines. Ils façonnent le jour, la relation, le silence. Le monde prend la forme du verbe que nous lui offrons.


Avant de parler, nous pensons. Les pensées sont des rivières souterraines qui creusent la forme de nos vies.

Une pensée dure est un caillou qu’on garde dans la bouche. Elle raye le souffle, elle assèche la parole.

Mais une pensée douce, c’est une gorgée d’eau claire. Elle fait pousser des fleurs là où tout semblait stérile.


Penser je suis fatigué de ne pas être parfait revient à inviter la tristesse à s’asseoir à notre table. Penser je suis en train d’apprendre à m’aimer revient à ouvrir une fenêtre dans la pièce du cœur. Le corps ne fait pas la différence : il croit à tout ce que la pensée lui raconte. Alors pourquoi ne pas lui raconter une histoire de lumière ?


Écrire, c’est justement cela : reprendre le fil de l’histoire. C’est allumer une lampe au milieu du vacarme. Les mots déposés sur le papier savent ce que nous ne disons pas. Ils recueillent nos silences comme un puits recueille la pluie.

Écrire, c’est dire à la vie : je te vois.

C’est dire à la peine : tu peux t’asseoir, je ne te fuis plus.

Dans l’écriture, les choses se réparent.


Un jour, une femme a écrit à sa grand-mère décédée. Dans cette lettre, elle parlait d’amour et de pardon. Et sans le savoir, elle parlait aussi à sa mère. Les mots avaient traversé trois générations pour revenir se poser dans ses mains.


Quand on écrit, on met de l’ordre dans le vent. On rassemble ce qui s’éparpille. On devient un peu plus vrai. Et dans la vérité, il y a déjà un début de guérison.


Puis vient le moment où la parole sort du silence.

Quand nous parlons, nous lançons des ponts. Des ponts faits de souffle, d’intention, de vibration.

Certains ponts sont solides, d’autres tremblent dans le vent.

Un mot dur ferme la porte du cœur.

Un mot juste, un mot nu, l’ouvre.

Dire tu ne m’écoutes jamais jette une pierre.

Dire j’aimerais que tu m’écoutes, parce que j’ai besoin d’être entendu pose une main.


Les mots que nous prononçons reviennent toujours à nous, comme les oiseaux reviennent à leur nid. Ils transportent la même lumière, ou la même ombre. Nous sommes responsables du climat qu’ils laissent dans l’air.


La parole n’est pas seulement un son : elle est une direction.

Chaque phrase que nous lançons vers le monde finit par nous ramener à nous-mêmes.

Mais le plus grand dialogue est souvent celui que nous entretenons en secret, avec nous-mêmes.

C’est avec soi-même que l’on parle le plus. Des milliers de phrases chaque jour : des jugements, des excuses, des reproches, des regrets. Notre voix intérieure est parfois une mère sévère, parfois un juge fatigué. Mais elle peut devenir une amie. Elle peut apprendre à dire doucement : tu fais de ton mieux, tu as le droit d’être lent, tu mérites la tendresse.


Lorsque je parle de moi avec douceur, je prends soin de moi, je me fais du bien.

Les cellules de mon corps écoutent ces paroles, elles se détendent ou se crispent selon le ton que je choisis. Un mot d’amour adressé à soi-même vaut parfois un long repos. Apprendre à se parler avec bienveillance, c’est apprendre à respirer à nouveau. C’est redonner à son âme le droit d’être apprivoisée.


Et puis il y a la douceur, cette force tranquille. Elle ne fait pas de bruit, elle n’impose rien. Elle est la lumière qui ne cherche pas à éblouir, mais à caresser. On peut la cultiver comme une plante fragile. Chaque jour, arroser le cœur de petites phrases, comme on arrose une fleur au bord de la fenêtre. Des post-it sur le miroir, sur le frigo, sur la porte d’entrée :Je suis belle quand je me regarde avec bienveillance. Je nourris mon corps comme on prend soin d’un ami. Aujourd’hui, je sème la paix autour de moi.

Ces phrases ne changent pas le monde, elles changent le regard que l'on porte sur lui et sur soi. Et parfois, cela suffit pour que le monde change un peu.


La douceur répétée devient un muscle spirituel. Elle ne rend pas faible : elle rend juste.

Mais certains mots ne viennent pas de nous. Ils traversent le temps, ils portent la voix de ceux qui ont aimé, souffert, et n’ont pas su dire.

Dans chaque famille, il y a des phrases qui se répètent comme des refrains anciens :Il faut se débrouiller seul. Ne montre pas ta peine. Ce n’est pas pour nous.

Ces mots voyagent dans le sang. Ils se logent dans la gorge de leurs descendants, parfois déguisés en pudeur ou en force.


Un jour, une femme a dit : J’ai le droit d’être aidée. Et ce simple mot a libéré trois générations.

Changer un mot, c’est parfois changer le passé. C’est offrir du repos à ceux qui n’ont pas su parler. En parlant autrement, on guérit les voix du passé. On redonne à sa lignée la permission d’être tendre.


Quand le mot s’unit au silence, il devient prière.

Non pas prière d’église, mais élan du cœur vers ce qui le dépasse.

Dire merci est une prière. Dire je choisis la paix au milieu du chaos en est une autre.

Avant une rencontre, au lieu de craindre je ne veux pas me tromper, on peut murmurer : je me relie à ma justesse, je me laisse traverser par ce qui est bon. Et tout s’apaise. Parce que le verbe juste réaccorde le monde intérieur.

Les mots sont des offrandes silencieuses : ils déposent dans la vie la couleur de notre âme.


Et puis, au-delà des mots, il y a le silence. Le silence ne nie rien, il accueille tout. Il est la respiration entre deux phrases, l’espace où le mot se repose. C’est là que naît le mot vrai, celui qui guérit, celui qui ne blesse pas. Le silence est le ventre du verbe, et dans ce ventre, la vie recommence.


Nos mots sont des prières déguisées. Ils façonnent notre manière de marcher dans le monde, ils tissent la texture de nos jours, ils sculptent nos relations, notre regard, notre respiration.

Chaque mot est un acte d’amour ou un petit oubli d’amour. Chaque phrase est une main tendue ou un mur qu’on relève.


Alors, choisis tes mots comme on choisirait des fleurs pour un ami.

Parle lentement, pense doucement, écris vrai.

Fais de ton langage un refuge et non une arme.

Car le verbe crée, relie, élève.

Et dans le murmure conscient de nos paroles, dans la simplicité d’une phrase offerte, se tisse lentement le chemin du bien-être, et la présence à soi, cette paix subtile qui ne s’explique pas, mais qui, comme les mots justes, éclaire tout.

 

 
 
 

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