Je suspends mon pas…

Le monde s’agite. Il court après le temps, après les réponses, après ce qui semble urgent. Il nous invite à faire davantage, à aller plus vite, à ne surtout pas nous arrêter … et nous courons avec lui.
Jusqu’au jour où quelque chose, au plus profond de nous, murmure : « Arrête-toi ». Alors je suspends mon pas. Je ne cherche plus à atteindre, je ne cherche plus à comprendre, je ne cherche même plus à savoir. Je respire.
Et dans cette simple respiration, je découvre un espace que j’avais oublié. Un espace silencieux, vivant, intact. Je me décale et j’inspire le silence. Je m’éloigne un instant du tumulte du monde pour me rapprocher de ce lieu intérieur où quelque chose en moi sait.
Car il existe en chacun de nous une connaissance plus ancienne que nos raisonnements. Une voix qui ne crie jamais. Elle ne commande pas, elle ne presse pas, elle ne cherche pas à convaincre. Elle attend. Elle parle dans le silence, dans une intuition, dans cette sensation subtile qui nous traverse lorsque quelque chose sonne juste. Encore faut-il lui laisser la place.
Alors je regarde les chemins qui s’offrent à moi. Certains brillent de mille feux. Ils promettent, séduisent, appellent. Ce sont parfois des chants de sirènes, des mirages. D’autres chemins sont presque invisibles. Ils ne promettent rien, ils ne font pas de bruit. Et pourtant, lorsque je les regarde, quelque chose en moi s’apaise.
Peut-être est-ce là que commence le discernement, dans cette capacité à entendre ce qui ne fait pas de bruit.
Mon chemin s’illumine et le visage du monde change. Non pas parce que le monde a changé, mais parce que je ne le regarde plus depuis la peur, l’urgence ou le besoin de contrôler. Je le regarde depuis un endroit plus vaste. Je découvre alors que la vie ne me demande peut-être pas toujours d’agir. Parfois, elle me demande simplement d’être là, d’accueillir, d’écouter, de faire confiance à ce qui mûrit lentement.
Nous voudrions tant connaître la suite avant de faire le premier pas. Mais la vie ne dévoile pas toujours le chemin à celui qui exige de le voir tout entier. Elle offre parfois seulement la lumière nécessaire pour le prochain pas.
Alors je respire. Je laisse tomber, pour un instant, le besoin de savoir. Et dans ce silence, je peux entendre quelque chose de plus profond que mes peurs, plus vaste que mes doutes.
La vie ne crie pas, elle murmure.
Il nous appartient de ralentir suffisamment pour l'entendre. Le monde peut continuer de s’agiter. Je peux, moi, choisir de demeurer présente, un souffle après l’autre, un pas après l’autre. Et peut-être découvrir que le chemin que je cherchais au-dehors était là depuis toujours… à l’intérieur.




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