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Tu replonges ou tu crées, maintenant ?

  • Photo du rédacteur: Sarah Julliot de La Morandière
    Sarah Julliot de La Morandière
  • il y a 11 minutes
  • 5 min de lecture

Voilà la fin des vacances d’été. Elle arrive doucement, avec ses matins qui raccourcissent, ses soirées qui glissent plus vite vers la nuit et cette lumière particulière de la fin août, comme si le soleil lui-même savait qu’il devait bientôt laisser place à une autre saison. Il reste dans nos mémoires les jours suffocants, le soleil ardent, les nuits courtes et chaudes, les heures suspendues, celles où le temps semblait avoir oublié de courir.

Et puis, déjà, le monde reprend son souffle. Les réveils vont bientôt nous tirer des bras de Morphée. Les mails vont recommencer à tomber. Le téléphone va se remettre à sonner. Les dossiers vont sortir de leur sommeil. Les sollicitations vont se bousculer à la porte de nos journées. Le rythme va changer.

Mais peut-être que quelque chose, en toi, n’a pas besoin de changer. Peut-être même que c’est maintenant que tout commence. Car le retour de septembre n’est pas seulement le retour aux habitudes. Il peut être une porte. Une petite porte discrète, presque invisible, entre la vie que tu menais et celle que tu pourrais choisir de mener.

Alors, avant de replonger dans le mouvement du monde, prends quelques instants. Assieds-toi.

Écoute. Et demande-toi simplement : Qu’est-ce qui me fait vraiment du bien ? Pas ce qui fait bien. Pas ce qui plaît aux autres. Pas ce qui remplit mon agenda. Pas ce qui donne l’illusion que je réussis ma vie. Qu’est-ce qui, profondément, fait du bien à mon âme ? Quelle relation fait naître en moi davantage de paix ? Quelle activité rallume une petite lumière lorsque mes journées deviennent grises ? Quels sont les lieux où je respire mieux ? Quelles sont les personnes auprès desquelles je n’ai pas besoin de devenir quelqu’un d’autre ? Quelles habitudes me rapprochent, doucement, de la vie que je désire ?

Et surtout : Quelle vie suis-je en train de construire, jour après jour, sans même m’en rendre compte ?

Car nos vies ne se construisent pas uniquement dans les grands bouleversements. Elles se fabriquent dans les détails. Dans le café que l’on boit sans regarder son téléphone. Dans la promenade que l’on s’accorde. Dans le « non » que l’on ose enfin prononcer. Dans le « oui » que l’on murmure à ce qui nous appelle. Dans la personne que l’on choisit de rappeler. Dans celle que l’on choisit de laisser partir. Dans le temps que l’on protège. Dans la pensée que l’on nourrit. Dans la manière dont on regarde ce qui nous arrive.

Nous croyons parfois que notre bonheur attend quelque part, à l’extérieur de nous : dans une autre maison, un autre travail, une autre relation, une autre saison, une autre vie. Et nous passons tant de temps à attendre que quelque chose change.

Pourtant, il existe un endroit où le changement commence toujours. Ici. En nous.

Dans ce petit espace secret où nous pouvons choisir notre regard, notre direction, notre manière de marcher.

Bien sûr, tu peux continuer comme avant. Tu peux continuer à regarder ce qui ne va pas. À compter les contrariétés. À t’attarder sur ce qui t’agace. À reprocher aux autres ce qu’ils ne font pas. À attendre que le monde devienne enfin conforme à tes espérances pour commencer à vivre. Tu peux.

Mais tu peux aussi choisir autrement. Non pas en prétendant que tout est beau. Non pas en fermant les yeux sur les difficultés. Mais en décidant de ne pas leur donner toute la place.

Car il y a une différence immense entre subir sa vie et habiter sa vie.

Habiter sa vie, c’est peut-être simplement reprendre doucement sa place dans son existence.

C’est se demander : Est-ce que cette façon de vivre me ressemble encore ? Et si la réponse est non, alors ne pas avoir peur de déplacer une pierre. Puis une autre. Changer une habitude. Poser une limite. Ouvrir une porte. Demander de l’aide. Prendre du repos. Commencer quelque chose. Ou cesser enfin de faire ce qui nous éloigne de nous-mêmes.

On attribue à Albert Einstein cette phrase devenue célèbre : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. »

Alors peut-être que cette fin d’été est une invitation à essayer autrement. Pas tout bouleverser. Pas devenir une nouvelle personne en septembre. Simplement choisir, avec davantage de conscience, ce que tu veux nourrir. Car chaque jour, quelque chose grandit en nous. La peur, si nous la nourrissons. Le ressentiment, si nous le ressassons. La joie, si nous lui faisons une place. La confiance, si nous osons avancer malgré le doute. La paix, si nous cessons de lui demander de venir de l’extérieur.

Nous sommes parfois beaucoup moins impuissants que nous le croyons. Nous ne choisissons pas tout ce qui nous arrive. Mais nous pouvons choisir, peu à peu, ce que nous en faisons. Nous pouvons choisir la direction de notre regard. Nous pouvons choisir les graines que nous déposons dans le jardin de nos jours.

Et peut-être est-ce cela, finalement, être libre : ne pas pouvoir tout choisir, mais pouvoir choisir ce que l’on fait de ce qui nous est donné.

L’avenir n’est pas encore là. Il ne nous attend pas quelque part, tout écrit, avec ses réponses déjà préparées. Il ressemble plutôt à une terre encore vierge. Et chaque matin, nous y déposons quelque chose. Un geste. Une pensée. Une parole. Une décision. Une présence. Une absence.

Une manière d’aimer. Une manière de vivre.

Alors, en cette fin août, avant que septembre ne vienne frapper à ta porte, offre-toi quelques minutes de silence.

Regarde derrière toi.

Regarde devant.

Et surtout, regarde en toi.

Puis demande-toi : Qu’est-ce que je veux vraiment maintenant ?

Pas demain. Pas lorsque j’aurai davantage de temps. Pas lorsque les autres auront changé.

Maintenant.

Quelle énergie veux-tu cultiver ? Quelle paix veux-tu protéger ? Quelle relation veux-tu nourrir ? Quel rêve veux-tu cesser de remettre à plus tard ? Quel petit pas pourrais-tu faire dès aujourd’hui ? Peut-être que ta vie rêvée n’est pas une destination lointaine. Peut-être est-elle simplement cachée dans la somme des petits choix que tu feras à partir d’aujourd’hui.

Le chemin n’est pas devant toi.

Le chemin naît sous tes pas.

Alors marche. Doucement. Avec lucidité. Avec courage. Avec tendresse. Et lorsque septembre arrivera avec ses mails, ses dossiers, ses rendez-vous, ses urgences et ses réveils matinaux, souviens-toi d’une chose : Tu n’es pas obligé de retourner exactement dans la vie que tu as quittée. Tu peux revenir autrement. Plus présent. Plus conscient. Plus vivant.

Parce que l’avenir ne nous donne rien tout fait. C’est nous qui, jour après jour, lui offrons quelque chose de notre vie pour le faire naître.

Alors… que veux-tu vraiment, maintenant ?

Et si, cette fois, tu choisissais de t’écouter ?

 

 
 
 

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