Pensées de chat
- Sarah Julliot de La Morandière

- 2 juil.
- 2 min de lecture
Juillet est entré dans la maison comme entre une lumière dans une église vide. Sans bruit.
Je dormais près de la fenêtre de la bibliothèque. Une poussière d’or flottait dans l’air chaud. Le jardin respirait lentement derrière les vitres anciennes. Le bassin retenait un morceau de ciel entre les nénuphars immobiles. Les poissons glissaient sous l’eau avec cette grâce des êtres qui ne possèdent rien et traversent pourtant le monde comme des rois.
Ma maîtresse était déjà éveillée. Je l’ai entendue marcher pieds nus sur les vieux parquets. Puis le silence. Celui de la méditation peut-être. Celui des humains qui essaient de retrouver leur âme au milieu des jours trop rapides.
Ensuite il y eut la musique. Quelques notes très simples. Des notes qui ouvraient la maison comme on ouvre les mains pour y laisser entrer la lumière du matin.
J’observe beaucoup les humains. Ils compliquent souvent leur existence alors que leur cœur réclame des choses très pauvres et très belles : un peu de repos, une présence vraie, le vent dans les arbres, un jardin à arroser le soir, quelqu’un qui écoute vraiment.
Le corps sait avant nous. Il parle à voix basse. Par fatigue. Par élan. Par lourdeur ou par joie soudaine. Mais les humains attendent parfois trop longtemps avant de l’entendre.
Alors moi, chat silencieux parmi les livres, je voudrais simplement vous demander :
Que vous dit votre corps aujourd’hui ? Et votre cœur ? Et cette part invisible de vous qui se fatigue lorsque votre vie s’éloigne trop de sa source ? Certaines personnes ont besoin de soleil. D’autres d’ombre fraîche. Certaines se nourrissent du bruit heureux des tablées d’été. D’autres retrouvent la paix dans une heure de solitude avec un carnet ouvert. Chaque être possède son climat intérieur. Sa façon de respirer le monde. Il y a des âmes du matin, des âmes du crépuscule, des êtres faits pour les grands voyages et d’autres pour la fidélité à quelques lieux très simples : une cuisine claire, un jardin ancien, une lampe allumée tard dans la nuit.
Le bonheur ne ressemble peut-être à rien d’extraordinaire.
Peut-être ressemble-t-il seulement à cela :
Le chant d’un merle dans le silence de juillet.
Une tomate tiédie par le soleil dans le potager.
Une page écrite lentement près d’une fenêtre ouverte.
Le parfum de la menthe après la pluie.
L’eau du bassin qui tremble sous une aile d’oiseau.
Et quelqu’un qui, enfin, cesse de se comparer pour revenir doucement vers sa propre lumière.
Juillet commence.
C’est une saison discrète pour apprendre à vivre plus près de soi-même.




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