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Accorder sa musique intérieure

  • Photo du rédacteur: Sarah Julliot de La Morandière
    Sarah Julliot de La Morandière
  • 8 juil.
  • 3 min de lecture

Et si l'été était le temps de réaccorder notre musique intérieure ?

Un jour, le Bouddha s'adressa à l'un de ses disciples, un musicien devenu moine.

-           « Dis-moi, lorsque les cordes de ton luth sont trop tendues, que se passe-t-il ? »

Le disciple répondit : « Elles risquent de casser. »

-           « Et lorsqu'elles sont trop relâchées ? »

-           « Elles ne produisent plus de musique. »

Alors le Bouddha lui dit avec douceur : « C'est lorsque les cordes sont accordées avec justesse que la musique peut naître. Il en est de même pour ta vie. »

 

J'aime profondément cette histoire. Elle nous rappelle que la vie n'est pas une question de performance, mais de justesse. Nous passons pourtant une grande partie de l'année à tendre les cordes de notre existence. Nous voulons être présents pour notre famille, disponibles pour nos amis, engagés dans notre travail, attentifs aux besoins de chacun. Nous faisons de notre mieux, souvent avec beaucoup de cœur.

 

Et sans même nous en apercevoir, les cordes se tendent un peu plus chaque jour. Jusqu'au moment où le corps murmure ce que l'esprit refuse encore d'entendre. La fatigue s'invite. La patience s'effrite. L'écoute devient plus difficile. Non pas parce que nous aimons moins, mais parce que notre musique intérieure a perdu sa justesse. Puis arrive juillet.

 

La lumière change. Les journées s'allongent. Les grandes vacances s'ouvrent comme une respiration. Même si tout le monde ne part pas loin ou longtemps, l'été nous offre une permission silencieuse : celle de ralentir.

 

Et si cette saison n'était pas seulement faite pour changer de paysage ? Et si elle nous invitait surtout à revenir vers nous-mêmes ? Nous savons si bien prendre soin de ceux que nous aimons. Nous trouvons les mots qui réconfortent, les gestes qui rassurent, le temps pour écouter.

 

Mais prenons-nous la même délicatesse avec nous-mêmes ? Prendre soin de soi n'est pas un luxe réservé aux moments où tout va bien. Ce n'est pas davantage un geste égoïste. C'est un acte de responsabilité envers la vie qui nous habite. Car une personne épuisée peut encore faire beaucoup de choses. Mais elle aura plus de difficulté à être pleinement présente.

 

Or, la présence est sans doute le plus beau cadeau que nous puissions offrir. Une présence qui écoute sans regarder l'heure, qui accueille sans vouloir tout réparer, qui accompagne sans s'oublier. Comme le musicien qui prend le temps d'accorder son instrument avant le concert, nous avons, nous aussi, besoin de ces instants où nous réajustons nos cordes intérieures.

 

Parfois, cela tient à presque rien. Marcher au lever du soleil. Lire quelques pages qui nourrissent l'âme. Boire un café dans le silence. Écouter le chant des oiseaux plutôt que les notifications. S'asseoir quelques minutes sous un arbre sans chercher à être productif.

 

Ces gestes semblent minuscules. Pourtant, ils réaccordent doucement notre être. Et lorsque nous retrouvons cette justesse, quelque chose change dans notre manière d'être au monde. Notre regard devient plus disponible. Notre écoute plus profonde. Notre cœur retrouve cet espace où l'autre peut véritablement déposer sa parole.

Cet été, je vous propose un petit rituel. Chaque soir, prenez quelques minutes pour vous poser cette simple question : aujourd'hui, qu'est-ce qui a réaccordé mes cordes intérieures ?

Était-ce un éclat de rire ? Le parfum d'une fleur ? Une baignade ? Le sourire d'un inconnu ? Le silence d'un matin ? Ou simplement quelques minutes où vous avez enfin cessé de courir ?

Écrivez votre réponse dans un carnet, ou gardez-la précieusement dans votre cœur.

Puis demandez-vous : que pourrais-je m'offrir demain pour rester accordé à l'essentiel ?

Il ne s'agit pas d'en faire plus. Il s'agit d'habiter pleinement ce qui est déjà là.

 

Le Bouddha nous rappelle que la musique naît de la juste tension.

Je crois qu'il en va de même pour notre présence aux autres.

 

Lorsque nous prenons soin de notre propre équilibre, nous ne nous éloignons pas de ceux que nous aimons. Nous devenons simplement plus capables de les rencontrer avec un cœur paisible, une écoute sincère et une présence entière.

 

En ce mois de juillet, je vous souhaite moins de précipitation et davantage de justesse.


Que cet été ne soit pas seulement une parenthèse dans votre agenda, mais un temps où vous oserez réaccorder votre musique intérieure. Car le monde n'a pas tant besoin de personnes qui s'épuisent à vouloir tout porter. Il a besoin de femmes et d'hommes qui rayonnent d'une présence juste, parce qu'ils ont eu la sagesse de prendre soin de l'instrument le plus précieux qui leur ait été confié : eux-mêmes.

 

 
 
 

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