Les colères du monde… le silence en toi
Et si, parfois, tu t’offrais le droit de ne pas porter toutes les colères du monde ?
L’automne est là. Les arbres se dépouillent lentement, ils ne retiennent pas leurs feuilles, ils les laissent partir, une à une, comme s’ils savaient qu’il existe un temps pour garder et un temps pour déposer. Dans ta vie aussi, quelque chose aspire au relâchement. Ton corps fatigue, ton besoin de silence se fait plus pressant, une certaine nostalgie te traverse, celle des jours passés, des possibles qui ne se sont pas réalisés, de tout ce que tu as donné sans toujours mesurer ce qu’il t’en coûtait. Et dehors, le monde continue de gronder, les médias t’apportent chaque jour leur cortège d’indignations, de conflits, de violences et de colères. Les images se succèdent, les voix s’élèvent, les mots s’entrechoquent. Alors, tu t’indignes à ton tour, tu prends parti, tu commentes, tu partages. Parfois, tu te surprends à porter en toi une colère qui ne t’appartenait pas quelques instants auparavant.
Et si tu t’arrêtais un moment pour te demander, avec douceur : qu’est-ce qui, en toi, a besoin de suivre toutes ces colères ? Est-ce ton désir de justice ? Ton besoin de comprendre ? Ta peur de rester impuissante devant ce qui arrive ? Ton besoin de te sentir reliée aux autres, de partager leur indignation pour ne pas te sentir seule ? Ou peut-être est-ce une blessure plus ancienne, une colère longtemps contenue, qui trouve dans les événements du monde de nouvelles occasions de se réveiller ? Il n’y a pas de réponse unique et tu n’as pas besoin de tout expliquer. Il suffit parfois d’accueillir la question et de laisser venir ce qu’elle révèle. Tu as beau vouloir être présente au monde, tu ne peux pas vivre chaque événement avec la même intensité. Tu ne peux pas ouvrir ton cœur à toutes les douleurs sans jamais lui offrir le repos dont il a besoin. Ta sensibilité n’a pas à devenir un lieu d’épuisement, elle peut être une porte ouverte sur l’autre, une capacité à t’émouvoir, à comprendre, à t’engager. Mais elle a aussi besoin d’un seuil, d’un espace protégé où tu peux revenir à toi-même. L’automne t’en offre peut-être l’image. Regarde les arbres : ils ne se dépouillent pas parce qu’ils ont cessé d’aimer la vie, ils se préparent à traverser une autre saison. Ils laissent partir ce qu’ils ne peuvent plus porter, sans savoir encore ce que le printemps fera naître.
Et si tu apprenais, toi aussi, à déposer ce qui t’alourdit ? Fermer parfois l’écran, laisser les nouvelles attendre, marcher un peu, sentir l’air sur ton visage, écouter ta respiration, retrouver le silence entre deux informations, entre deux opinions, entre deux élans d’indignation. Dans cet espace retrouvé, une autre question peut apparaître : Qu’est-ce que tu souhaites faire, toi, de ce qui te touche ? Peux-tu transformer ta colère en une parole juste, en un geste de solidarité, en un engagement concret ? Peux-tu contribuer, à ton échelle, à quelque chose qui te semble essentiel ? Tu ne peux pas empêcher toutes les violences. Tu ne peux pas réparer toutes les injustices. Mais tu peux choisir de ne pas laisser ton énergie se disperser dans une indignation sans fin. Tu peux chercher l’endroit où ta présence, tes gestes et tes paroles ont un sens. Il ne s’agit pas de te retirer du monde. Il s’agit d’y revenir autrement. Avec un cœur qui reste ouvert, mais qui ne s’oublie pas. Avec une conscience éveillée, mais qui ne se laisse pas dévorer par le tumulte. Avec la liberté de choisir ce que tu accueilles, ce que tu nourris et ce que tu souhaites faire grandir. Et lorsque la fatigue se fait sentir, lorsque la nostalgie t’invite à ralentir, peut-être peux-tu entendre ce que ton corps murmure depuis quelque temps déjà : Il est temps de relâcher. Tout ne t’appartient pas. Tout ne t’appelle pas. Tout ne te demande pas de répondre. Il y a aussi la lumière qui décline derrière les arbres, le souffle qui revient, la tasse chaude entre tes mains, une présence aimée, un instant qui ne réclame rien de toi. Il y a cette vie, toute proche, qui attend simplement que tu sois là. Et peut-être qu’en apprenant à déposer certaines colères, tu ne t’éloignes pas du monde. Peut-être lui rends-tu, au contraire, quelque chose de précieux : une présence plus libre, plus consciente, plus disponible pour aimer et pour agir.
En cette saison où la nature t’enseigne l’art du dépouillement, qu’aurais-tu besoin de laisser partir pour retrouver ta paix intérieure, sans renoncer à ton engagement dans le monde ?
Les Plumes du Bien-Être 🍂





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